Le Groupe Tchétchénie


Les Russes annoncent avoir tué le dirigeant séparatiste Maskhadov

mardi 8 mars 2005, 20h06
MOSCOU (AFP) - Les autorités russes ont annoncé mardi que le président indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov, principal obstacle à la mise au pas de la Tchétchénie, avait été éliminé après cinq ans de traque, une grande victoire pour Moscou mais qui risque de radicaliser plus encore la lutte séparatiste.

Le chef des services secrets russes (FSB), Nikolaï Patrouchev, a annoncé "l'élimination" du dirigeant indépendantiste au président Vladimir Poutine devant les caméras de la télévision russe.

"Une opération a été menée aujourd'hui par les forces spéciales du FSB en Tchétchénie dans le village de Tolstoï-Iourt, au cours de laquelle a été tué le terroriste international et chef de bandes armées Maskhadov, et ont été arrêtés ses complices les plus proches", a déclaré M. Patrouchev au président russe.

"Il y a là-bas encore beaucoup de travail. Il nous faut redoubler d'efforts pour protéger la population de la république (tchétchène) et de toute la Russie contre les bandits", a déclaré Vladimir Poutine.

La chaîne de télévision NTV a montré un cadavre dont le visage ressemblait beaucoup à celui de M. Maskhadov.

Un Tchétchène, proche compagnon d'armes d'Aslan Maskhadov pendant la première guerre (1994-96), a déclaré à un correspondant de l'AFP sous couvert de l'anonymat que le corps montré à la télévision paraissait bien être celui du président indépendantiste.

"C'est Maskhadov, je le connaissais bien et je l'ai reconnu", a-t-il dit.

L'émissaire en Europe du président indépendantiste tchétchène, Akhmed Zakaïev, n'a de son côté ni confirmé ni démenti cette information dans des déclarations par téléphone à l'AFP. Il a indiqué avoir parlé à M. Maskhadov par téléphone la dernière fois lundi.

Le porte-parole de l'état-major des forces russes dans le Caucase du Nord, Ilia Chabalkine, a indiqué que le dirigeant indépendantiste avait été localisé grâce aux renseignements arrachés à des combattants capturés lors d'opérations des forces spéciales menées ces deux derniers jours dans le sud-est de la Tchétchénie.

"Le commandement des forces fédérales a formé d'urgence un commando d'hommes du ministère de l'Intérieur, du FSB et du ministère de la Défense, qui a été envoyé à Tolstoï-Iourt", a déclaré le général Chabalkine.

"Il y a eu des combats. Maskhadov se cachait dans un bunker sous l'une des maisons de ce village", a-t-il ajouté.

L'annonce de la mort de M. Maskhadov a été aussitôt saluée par les dirigeants pro-russes de la république tchétchène.

"Je peux aujourd'hui dire avec certitude qu'avec la disparition de Maskhadov la république va retrouver une vie normale", a dit Taous Djabraïlov, le président du Conseil d'Etat tchétchène pro-russe.

Une perspective démentie par l'émissaire indépendantiste Akhmed Zakaïev. "La résistance va continuer, il n'y a aucun doute là-dessus (...), à la place de Maskhadov viendra quelqu'un d'autre. Car la crise (entre la Tchétchénie et la Russie) a une longue histoire", a-t-il dit, interrogé au téléphone à Londres.

Il a souligné qu'Aslan Maskhadov, 53 ans, qui servait dans l'armée soviétique avec le grade de colonel avant la chute du régime soviétique en 1991 et la déclaration d'indépendance de la Tchétchénie, et avait une réputation de modéré, "était un facteur de retenue en Tchétchénie".

"Il tentait d'éviter une escalade du conflit, d'éviter qu'il ne s'étende à tout le Caucase du Nord", et la situation risque désormais "de devenir ingérable", a-t-il insisté..

Aslan Maskhadov avait notamment régulièrement désavoué les actes terroristes touchant des civils russes, comme les prises d'otages de la Doubrovka (Moscou, octobre 2002) et de Beslan (Caucase russe, septembre 2004), revendiqués par le dirigeant radical Chamil Bassaïev.

Moscou a toujours refusé de faire la distinction entre les dirigeants séparatistes, qualifiant Maskhadov de "terroriste", et refusant toute négociation malgré les appels de la communauté internationale et des défenseurs russes des droits de l'homme.

Un émissaire de Maskhadov confirme la mort du leader indépendantiste
AFP | 08.03.05 | 20h34    

Akhmed Zakaeïev, émissaire à l'étranger d'Aslan Maskhadov, a confirmé mardi à l'AFP la mort du leader indépendantiste tchétchène annoncée par le Service fédéral de sécurité russe (FSB )."C'est bien lui, c'est bien Maskhadov", a déclaré M. Zakaïev, interrogé par téléphone.Le chef du FSB avait annoncé peu auparavant au président russe Vladimir Poutine que les troupes spéciales des forces de sécurité avaient tué mardi M. Maskhadov. Un cadavre, dont le visage ressemblait beaucoup à celui du leader indépendantiste, avait été montré à la télévision.


Analysis: Chechnya after Maskhadov


By Steven Eke
BBC Russian affairs analyst
Last Updated: Tuesday, 8 March, 2005, 20:49

Aslan Maskhadov was a controversial figure - elected president of Chechnya in 1997 after a campaign internationally recognised as legitimate, later vilified by Russia as a blood-thirsty terrorist leader.

He evaded capture or killing by Russian forces for many years, spending most of his time in hiding in Chechnya.

But given the huge Russian security presence in the troubled republic, and the $10 million bounty on his head, it seems inevitable that he would one day be caught.

Mr Maskhadov's real influence in Chechnya has always been debated.

And it is likely that his demise will reveal whether he did have any restraining influence on the more radical elements in the Chechen resistance.

Peace talks rejected

When reporting the news of the death of Aslan Maskhadov to a stony-faced President Putin, Russia's security chief said his forces had destroyed "an international terrorist and bandit ringleader".

Unflattering terms, reflective of the demonisation of Aslan Maskhadov that had become a central plank of the Russian propaganda battle against the Chechen resistance.

Although there were exploratory talks between envoys of the Russian government and Mr Maskhadov early in Vladimir Putin's presidency, Moscow always rejected the idea of negotiations with Mr Maskhadov.

The Kremlin pointed to his inability to impose law and order on Chechnya after his election, then what it said was his cowardice in failing to stand up to radical Islamists.

Russian officials, faced with international dismay at the tactics of their forces in Chechnya, have often reminded the world that public floggings and executions were introduced during Mr Maskhadov's rule.

'Fractious' resistance

Yet from his holed-up position in internal exile, Aslan Maskhadov continued to call himself the president of Chechnya - even after his formal term expired.

He issued edicts, rulings, warnings and, most recently, a ceasefire declaration. But his real political and physical control over the armed rebel formations was unknown.

He was clearly more moderate than the field commanders who adhere to the radical Wahhabi sect of Islam, most notably Shamil Basayev, the leader of some of the most violent attacks on Russian civilians.

But the Chechen resistance is divided and fractious. And while its members still possess a large amount of weaponry, support for them among the wider Chechen population appears to have seriously waned.

Mr Maskhadov's envoy in London, Akhmed Zakayev, has pledged that the fight for independence will continue.

But there are no immediately identifiable figureheads to replace Mr Maskhadov.

And even Mr Zakayev acknowledges that radical individuals like Shamil Basayev are completely unacceptable as an international symbol of potential, future Chechen statehood.

For President Putin, the news of Aslan Maskhadov's death will come as vindication of a policy that has often appeared cruel, ineffective and counter-productive.

After Beslan, which dealt a heavy blow to his public self-confidence, he may feel that his long-promised "normalisation" of Chechnya is, actually, a reality.

But there will also be concern, in the West and in Russia, that Mr Maskhadov's death could spark off further destabilisation, radicalisation and a new spiral of violence.

Should that happen, it will further reduce the likelihood of Mr Maskhadov's dream - an independent Chechnya - ever becoming a reality.


 

Spécial mort d'Aslan Maskhadov

 

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