Le Groupe Tchétchénie

 

Je pleure un ami, dit Zakayev au "Soir"

JÉRÔME RASETTI
  LONDRES
  Tout de noir vêtu, Akhmed Zakaïev nous a reçu, ce jeudi, dans un hôtel londonien, en exclusivité. Le représentant en Europe du leader tchétchène Maskhadov, assassiné mardi par les forces russes, pleure « un ami, un idéaliste ». Et il assène quelques vérités sur le conflit qui continue d'ensanglanter la petite république caucasienne.
  La résistance tchétchène ? Elle continuera, la relève est déjà assurée. La paix ? Russes et Tchétchènes la veulent, seul le Kremlin la rejette. Vladimir Poutine ? Il ne comprend que la guerre, sa politique s'apparente à du terrorisme. Le chef rebelle Chamil Bassaïev, qui avait revendiqué la sanglante prise d'otages de Beslan ? Il ne représente rien ni personne. Il est la pire chose qui pouvait arriver aux Tchétchènes et à la Tchétchénie.
Le Soir, 11 mars 2005


Quand l’oubli menace la Tchétchénie

Céline Francis
Au nom du Groupe Tchétchénie

Le président tchétchène Aslan Maskhadov a été assassiné. Le 12 mai 1997, Boris Eltsine l’invitait au Kremlin pour signer un accord de paix et de coopération où les deux parties s’engageaient à « renoncer définitivement au recours à la force pour le règlement de tout différent quel qu’il soit ». Le 8 mars 2005, les forces russes et tchétchènes pro-russes extirpent son corps d’un bunker et l’exhibent comme un trophée. L’amnésie est un outil précieux en politique.

Aslan Maskhadov était un modéré parmi la résistance tchétchène. Habile diplomate et politicien laïque, Maskhadov avait été plébiscité par la population tchétchène lors des élections de janvier 1997 qui s’étaient déroulées sous l’égide de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) aux lendemains de la première guerre (1994-1996). Faute de soutien économique promis par la Russie, et certainement de volonté et/ou de capacité face à une opposition violente, il n’avait pas réussi à relever la république durant son indépendance de facto, de 1996 à 1999. Son retour au maquis avait suivi le début de la deuxième guerre et sa perte de légitimité aux yeux du Premier Ministre Vladimir Poutine. Depuis lors, Maskhadov avait proposé à de multiples reprises d'entamer des négociations de paix avec les autorités russes. Le 4 mars dernier, il déclarait dans une interview de RFE-RL que 30 minutes en tête à tête avec Vladimir Poutine suffiraient pour clore le conflit.

Maskhadov décédé, c’est une chance pour la paix qui s’éteint. Ce n’est malheureusement pas la première occasion perdue. Jusqu’à aujourd’hui, aucune opportunité n’a été saisie par les autorités russes ou les exécutifs européens. En novembre 2004, les autorités belges avaient tenté de mettre un terme à la tentative de diplomatie populaire entre les indépendantistes et l’Union des Comités des Mères de Soldats sur son territoire. En février 2005, le cessez-le-feu unilatéral proclamé par Maskhadov afin de négocier avec la partie russe se termina sans que les autorités russes ne réagissent.

Le sort de la Tchétchénie a cessé d’émouvoir. La république n’évoque plus que le terrorisme, tandis qu’on oblitère les racines de celui-ci : un conflit sans fin, les violations des droits de l’homme, la corruption, etc. L’absence d’information est souvent pointée du doigt comme facteur explicatif de cet oubli. Depuis le début de la deuxième guerre en 1999, la Tchétchénie est interdite aux journalistes, excepté via les circuits effectués sous le contrôle de l’armée russe. Le risque d’enlèvement, très élevé, a également haussé le coût de l’information.

L’information n’est pas pour autant absente. Alors que les photos de torture à Abou Ghraib ont, à juste titre, choqué le monde entier, un documentaire bouleversant réalisé par Mylène Sauloy en 2004 n’a eu aucune répercussion politique. Réalisé sur base de deux films tournés par des soldats russes eux-mêmes, ce documentaire prouve l’élimination à coups de pelle ou par des séances de torture dans la base militaire de Khankala de dizaines de combattants tchétchènes amnistiés. Les images sont insoutenables, les corps - vivants exténués ou déjà morts - déchargés d’une camionnette. L’absence de réaction à ce qui constitue des crimes de guerre semble indiquer que le même degré d’humanité ne semble pas être attendu des soldats russes que des soldats américains. Les deux pays n’ont-ils pas signé les mêmes conventions de droits de l’Homme ?« La Russie a sa vision sur la façon dont sont respectés les droits de l'Homme dans le monde dans le cadre des opérations antiterroristes, et sur la façon dont ils le sont dans les régions où la Russie a ses propres intérêts », a précisé Vladimir Poutine lors de sa rencontre avec le Haut Commissaire aux droits de l’homme, Louise Arbour.

Le 24 février dernier, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a rendu son verdict concernant 6 requêtes tchétchènes. Pour la première fois, la Fédération de Russie a été condamnée pour violation du droit à la vie, de l’interdiction de la torture, du respect des biens et pour le manque d’enquête effective sur la mort des proches des requérants. Ces décisions sont également passées quasiment aux marges de l’information ; elles représentent pourtant une mine de renseignements concernant l’attitude des forces russes en Tchétchénie.

La mort de Maskhadov, symbole des indépendantistes, risque de radicaliser la résistance. Mais l’oubli de l’existence du conflit menace d’être bien plus douloureux pour la population civile russe et tchétchène.

Le Groupe Tchétchénie est une association neutre de toute affiliation politique ou religieuse dont l'objectif est la sensibilisation de la population et des autorités belges et étrangères au conflit russo-tchétchène. Site internet : http://www.groupetchetchenie.org

« Quand le soldat Volodia filme sa guerre », diffusé en septembre 2004 sur Canal plus sous le titre « Massacre en Tchétchénie, la vidéo qui accuse ».

AFP, Poutine : le thème des droits de l’Homme doit être utilisé à bon escient, 10 février 

Issaïeva, Youssoupova et Bazaïeva c. Russie, Issaeva c. Russie et Khachiev, Akaieva c. Russie.



Mr. Maskhadov's Death

Editorial Washington Post
Friday, March 11, 2005; Page A22

IF, IN THE 1980s, the South African apartheid regime had killed Nelson Mandela, it would have committed the same kind of blunder that Russian special forces committed this week when they killed the Chechen separatist leader, Aslan Maskhadov. This is not because Mr. Maskhadov was in any way similar to Mr. Mandela in personality, values or stature; he was not. But he represented, in Chechnya, the same kind of relative moderation. The South African regime knew that if Mr. Mandela and his allies were not made part of a democratic settlement, it would be left to deal with a younger, more violent and more radical generation of activists later on.

And this is the scenario that has come to pass in Chechnya: With the death of Mr. Maskhadov -- a secular Muslim and a former Soviet army officer -- the Russians are left to face a younger, more violent and more radical generation of activists. The man most likely to emerge as their leader is Shamil Basayev, the terrorist behind the murderous attack on the school in Beslan.

The death of Mr. Maskhadov probably eliminates for the near future any chance of a diplomatic end to the war in Chechnya. Mr. Maskhadov, who was elected president of Chechnya at a time when Russia recognized the election as legitimate -- had requested talks with Moscow but was repeatedly refused: The Kremlin insisted on calling him a terrorist, despite his condemnation of terrorism, and would not negotiate. On the same grounds, Russian authorities are refusing to hand over what they call "the body of a dead terrorist" to Mr. Maskhadov's family for burial. Thus will the spirit of brutality continue to perpetuate itself in Chechnya.

The Bush administration's non-policy on the Chechnya conflict remains, as it always has been, to state a preference for a "negotiated settlement" but to do nothing in practice. Now that a "negotiated settlement" has been effectively removed as an option, perhaps White House spokesmen should, at the very least, think up a new line.

 

 

Spécial mort d'Aslan Maskhadov

 

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