Le Groupe Tchétchénie
Octobre 2006
Le Courrier Tchétchène

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L’événement

 

Ramzan Kadyrov

Ramzan Kadyrov est partout. Dans les journaux russes ou en conversation avec des journalistes étrangers. Dans les rues tchétchènes où il écoute les citoyens, distribue, critique. Dans les concours de beauté, qu’il préside. Ce mois-ci, le fils de feu le président non séparatiste Akhmad-Khadji Kadyrov aura 30 ans, soit l’âge nécessaire pour devenir président de la Tchétchénie.

Alors que le traité de délimitation des compétences est toujours en négociation, le Parlement tchétchène a envoyé une nouvelle proposition de loi à la Douma. Dans celui-ci, le gouvernement tchétchène s’attribue le rôle de régulateur des projets d’investissement sur le territoire tchétchène pour une période de 14 ans. Comme dans les propositions de traité, le contrôle des ressources minérales reviendrait également au gouvernement de la République. Mais la nouveauté semble être le degré de liberté que les autorités tchétchènes voudraient établir dans la République : abolition des droits de douane ou établissement de privilèges pour les investisseurs. Certaines provisions prévoient également que le Kremlin consulte Grozny avant de signer un accord impliquant la Tchétchénie, ou le droit de Grozny de négocier directement avec les investisseurs potentiels et de leur donner des licences.

Le Parlement est dépendant du parti majoritaire, Russie Unie, mené par Ramzan Kadyrov dans la République. Par ces propositions, Kadyrov montre que s’il est le poulain de Vladimir Poutine, il ne tente pas moins d’illustrer son indépendance. Selon Alexei Malashenko, analyste politique russe,  « Poutine est otage de Ramzan, mais en même temps Ramzan est incapable de survivre sans Poutine. Il sait comment agir de manière à plaire à Moscou ». Le 5 octobre, Kadyrov aura 30 ans. Il a déjà déclaré qu’il deviendrait président si c’était la volonté du peuple. Mais il n’est pas pressé. « Je veux rester Premier ministre jusqu’à ce que j’aie accompli les promesses que j’ai faites à la nation tchétchène. Quand j’aurai fini, nous verrons ce qui se passera ».

Mais en tant que Premier ministre, il possède déjà officieusement le pouvoir. Depuis son élection à la tête de la République en août 2004, Alu Alkhanov a toujours été discret, si pas absent. La nomination de Ramzan Kadyrov au poste de Premier ministre en mars de cette année n’a fait qu’acter son importance sur la scène tchétchène. Ses portraits, présents sur les bâtiments de plusieurs villes tchétchènes, ont été retirés sous sa demande fin septembre. Il a accusé les officiels de lui faire une sur-publicité, expliquant également que les portraits étaient inutiles vu que tous connaissaient son visage. Selon lui, l’honneur des portraits est limité à Vladimir Poutine et à Akhmad-Khadji Kadyrov. Depuis son intronisation, le jour même de la mort de son père dans l’explosion du stade Dynamo à Grozny, Ramzan Kadyrov récolte les distinctions. Après avoir reçu l’honneur d’être membre de l’Académie russe des sciences naturelles, il vient d’être nommé professeur honoraire de l’Académie moderne de Russie. Mais il reste surtout un chef à la tête d’une milice qui continue à terroriser la population. Pour certains Russes, l’ère Kadyrov ressemble davantage à la période de l’entre-deux-guerres en Tchétchénie, réputée pour sa violence due aux chefs de guerre, qu’à une région pacifiée.

Pour Vladimir Voronov, dans le journal Novoe Vremya, l’incident à la frontière russo-tchétchène (voir ci-dessous), qu’il impute aux seules forces de l’ordre tchétchène, illustre l’impunité dont elles disposent. « L’incident entier peut être résumé comme suit : il existe un chaos le plus complet dans le Nord Caucase. Il n’y a pas même une trace de droit ou d’ordre pour lesquels nous avons combattu durant ces deux guerres, avec ses nombreuses opérations de nettoyages, la destruction totale répétée de Grozny et les réformes administratives ». Le nombre de disparition a diminué dans la République : 125 cas ont été rapportés sur la période de janvier à juillet. Mais pour la présidence de Civic Assistance, Svetlana Gannushkina, « nous ne pouvons interpréter ces chiffres comme une grande amélioration de la situation. Les sondages ont confirmé que 80% des gens sont simplement trop effrayés pour se plaindre auprès des agences de maintien de l’ordre et les organisations de droits de l’homme, ils essayent de résoudre leurs problèmes eux-mêmes ». Depuis peu, les images des tortures accomplies par les hommes de Kadyrov sont d’ailleurs transmises par gsm. En juillet dernier, une tête d’un combattant tchétchène était plantée à l’entrée du village de Tsenteroi. Pour l’exemple.

Mais cela ne semble pas troubler la politique russe dans la région. Comme le déclarait un officiel du ministère des affaires étrangères, cité par le Times, “nous savons qu’il est jeune et qu’il dit parfois des choses stupides”. “Et nous savons que ses hommes enlèvent parfois des gens – c’est la guerre, après tout. Mais ce qui est important est qu’il a le pouvoir, le respect et beaucoup d’énergie. Et il veut véritablement changer la situation pour un mieux. Laissons lui une chance”.

Times , The Republic of Fear, 20 août ;
Kommersant
, Ramzan Kadyrov chooses liberty, 7 septembre;
RFE-RL
, Newsline, vol. 10, n°166, Part I, 8 septembre ;
Interfax
, People's disappearance "main problem" in Chechnya – activist, 16 septembre;
Itar-Tass
, Chechen PM elected honoured professor of Humanities Academy , 22 septembre  ;
Novoe Vremya
, The Chechnya-Ingushetia War, 22 septembre ;
Newsweek
, Ramzan’s World, 25 septembre ;
RIA Novosti
, Chechen PM Kadyrov orders his portraits removed from streets, 27 septembre;
Reuters
, Chechnya's pro-Russia PM eyes presidency, 27 septembre.





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