Le Groupe Tchétchénie
Septembre 2005
Le Courrier Tchétchène

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Evénement

Chamil Bassaiev

Pas un attentat depuis la mort de Maskhadov en-dehors du territoire tchétchène. Mais un Chamil Bassaiev présent sur toutes les chaînes, de Radio-Liberty à Channel 4 en passant par la chaîne américaine ABC, fâchant les autorités russes incapables de limiter son temps de parole. Et aujourd’hui un Bassaiev vice-premier ministre du gouvernement indépendantiste. Bassaiev abandonnerait-il son manteau de terroriste pour se transformer en homme politique ? C’est la thèse de Vladimir Voronov.

Peu après la mort de Maskhadov, le 8 mars dernier, Bassaiev déclarait que « les négociations sont la conclusion logique de toute guerre. Et notre président, Sheikh Abdul-Khalim, a déclaré qu’il était ouvert à tout dialogue et prêt à discuter toute initiative de paix mais qu’il ne demanderait pas lui-même la paix. Je soutiens cette approche ». Pour la première fois, il évoquait les négociations de paix. Ses déclarations évitant le terme de « djihad » - tant utilisé auparavant – n’a pas échappé à Nabi Abdullaev and Andrew McChesney : « dans l’interview de jeudi [celui d’Andrei Babitski passé sur la chaîne américaine ABC], Bassaiev a évité le langage enflammé et a plutôt parlé de la nature coloniale du conflit et de la lutte des rebelles pour l’indépendance ». Interrogé par Sergei Mulin, Andrei Babitski soulignait le même point. Quand Bassaiev a déclaré que c’était une lutte pour l’indépendance, le journaliste lui a demandé si ce n’était pas la religion qui primait avant toute chose. Il lui a répondu « Non, c’est secondaire. La chose principale pour moi, c’est la liberté de ma patrie » Un discours travaillé pour un public particulier, selon Boris Makarenko, analyste russe, mais qui peut laisser des pistes sur l’objectif de Bassaiev.

Pour Voronov, le responsable de la prise d’otage de Beslan aimerait devenir le leader de la résistance. Sadullayev occupe aujourd’hui la tête de la résistance tchétchène : quid de Bassaiev ? Trop tôt, répond Voronov. « Le résultat de l’intrigue est : Shamil Bassaiev est déjà prêt à remplacer Maskhadov en tant que figure politique saillante et qualifiée. Mais à ce moment-ci il ne peut pas avoir cette capacité : l’ombre de Beslan doit s’effacer en premier, et le public occidental doit absorber l’idée que Bassaiev n’est pas le démon incarné mais un « combattant de la liberté » sensible comme Maskhadov l’était ».

Bassaiev aurait-il le soutien nécessaire, même à l’intérieur de la Tchétchénie, pour devenir la tête du mouvement ? Selon Robert Bruce Ware, professeur associé à l’Université de South Illinois, « si Bassaiev avait une large armée derrière lui, ou s’il était populaire, même en Tchétchénie, il n’aurait alors pas besoin d’être un terroriste. C’est un terroriste car il manque de soutien populaire, et parce que le seul moyen pour lui d’attirer l’attention et d’acquérir le pouvoir, c’est de commettre des atrocités choquantes telles que Boudennovsk [prise d’otage de l’hôpital en 1995], la Doubrovka ou Beslan – cela attire la couverture médiatique ».

Abdul-Khalim Sadullayev a cependant certains desseins pour l’homme le plus recherché par les Russes, comme le montre le décret pour la composition du nouveau gouvernement indépendantiste signé le 23 août dernier. Il vient en effet de nommer Chamil Bassaiev vice-premier ministre du gouvernement indépendantiste. Ce dernier devient ainsi responsable des opérations armées. Bassaiev avait déjà été nommé à ce poste durant l’entre-deux-guerres par le président tchétchène Aslan Maskhadov ; en opposition avec le président, il l’avait quitté avant d’y revenir en 1998 et d’en repartir aussi rapidement. Nommé chef du Comité de Défense en 2002, il avait démissionné après la prise d’otage du théâtre de la Doubrovka. En le nommant, Sadullayev renoue avec les extrémistes et contredit en pratique son discours sur le refus d’attaques dans le territoire russe et contre des civils.

Et ce n’est pas le seul geste radical de Sadullayev : Movladi Oudougov a été nommé Ministre de l’information et de la presse. Il avait été nommé au Conseil de sécurité par Maskhadov, avant d’être viré en 1999 à la suite de l’intervention de Bassaiev au Daghestan. Face à cette offensive, les modérés se voient loger à diverses enseignes. Le Ministre des Affaires extérieures, Ilyas Akhmadov, aujourd’hui réfugié aux Etats-Unis, a perdu son poste. Il était connu pour son plan de paix, devenu plan du gouvernement Maskhadov, qui proposait une administration internationale de la Tchétchénie, suivie d’un référendum sur l’indépendance. Sadullayev l’accuse d’avoir mis en priorité son projet de recherche aux Etats-Unis (au National Endowment for Democracy), avant les intérêts de son propre peuple. L’ambassadeur du gouvernement au Danemark, Ousman Ferzauli, a repris son mandat. Akhmed Zakayev, réfugié à Londres, devient premier ministre adjoint de la culture, alors qu’il était auparavant Ministre de la Culture et porte-parole de Maskhadov. Oumar Khanbiev reste Ministre de la Santé.
Au cours de la réorganisation interne, Sadullayev a également critiqué le rôle de ses représentants à l’étranger et le parlement en exil – « pour le dire gentiment, nous n’avons déjà plus de Parlement »– pour n’avoir pas pu faire adopter une résolution à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe condamnant la mort de Maskhadov. Selon lui, la propagande de ces acteurs est un « dangereux précédent pour l’état tchétchène ». « Si quelqu’un pense vraiment que le destin du peuple tchétchène peut être résolu à Strasbourg, Washington ou Moscou est profondément en tort. Le point final de la guerre russo-tchétchène sera mis par les moujjahidins tchétchènes ». Bassaiev, bientôt chef de la résistance? L’avenir nous le dira. Mais la radicalisation de la résistance semble bien en cours.
The New Time, Shamil’s new line, juillet; AFP, Anti-Chechen discrimination intensifies in Russia: rights activists, 31 juillet; The Moscow Times, Russia Fumes Over Basayev on ABC, n°3220, 1 août; RIA Novosti, Interview: Robert Bruce Ware on Basayev’s playing with the American media, 1 août; Novaya Gazeta, Andrei Babitsky: Meeting with Basayev happened unintentionally, n°56, 4 août; Chechenpress, The Application of the President of the ChRI Abdul-Halim Sadulaev to the Chechen people, 22 août; Kommersant, Shamil Basaev Returns to Government, 26 août; Le Monde, Le gouvernement indépendantiste tchétchène nomme le chef de guerre Chamil Bassaiev vice-premier ministre, 27 août.




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