| Juillet 2005 |
Evénement
Beslan, le procès d’un terroriste
Depuis le début du procès de la prise d’otages de Beslan à Vladikavkaz, en avril 2005, Nur-Pashi Kulayev, l’unique survivant du groupe terroriste, apporte une lumière différente sur les faits de ces 1-3 septembre 2004. Reconnaissant avoir fait partie du commando, il accepté une des charges qui porte sur lui (participation à un groupe illégal), mais réfute toujours les autres charges, niant avoir utilisé son arme et déclarant avoir signé son aveu de culpabilité sans en comprendre le contenu.
Selon Kulayev, le groupe était composé de 4 Tchétchènes et d’Ingouches. De nombreux membres du groupe, en particulier deux femmes, étaient opposés à prendre en otage l’école, préférant le Ministère de l’Intérieur ou un bureau de police. Mais l’attaque de l’école avait été planifiée, et les armes y étaient déjà présentes. D’autres attaques au camion piégé étaient également prévues par le ‘Colonel’ – le chef du groupe – à Vladikavkaz et Nazran. Le 3 septembre, il a déclaré qu’une de leurs bombes eut explosé après que son gardien ait été touché par un tir russe, et non pas par le déséquilibre d’un panier de basket qui aurait entraîné la bombe dans sa chute. Le massacre qui s’en suivit fut dû aux tirs provenant de l’extérieur. Une des otages témoigne : « Ils nous ont dit : ne vous levez pas, ne courrez pas, comme cela vos gars ne vous massacreront pas. Nous allons prendre position et quand il n’y aura aucune sortie, nous allons nous faire sauter ». Cette version n’est pas partagée par la Commission d’enquête de la Douma, qui doit rendre son rapport en octobre prochain : elle continue à défendre l’idée d’une explosion accidentelle. De son côté, le président de la Commission ossète, Stanislav Kesayev, soutient ce point de vue, et l’idée que plus de 32 terroristes étaient présents. Il pense également que l’arrivée d’Aslan Maskhadov était prévue le dernier jour de la prise d’otage, comme le déclarent les indépendantistes depuis l’événement. Selon lui, ce serait une des clés potentielles pour comprendre l’assaut lancé par les forces russes. Kulayev avait également déclaré que le groupe était prêt à libérer 150 enfants pour l’arrivée de chacun des négociateurs. Mais leur appel auprès des présidents ingouches et ossètes est resté vain.
Les réactions des victimes – 1343 personnes se sont enregistrées comme plaignantes – sont diverses. Certaines victimes exigent l’exécution de celui qui personnifie la prise d’otage la plus sanglante que l’on ait connu. A l’opposé, d’autres mères voudraient croire ce témoin de premier plan, et sont parfois prêtes à lui pardonner ses actes pour qu’il raconte son vécu. Elles craignent surtout la disparition inopinée de Kulayev et ont été jusqu’à lui demander un nouvel avocat pour remplacer son commis d’office, Albert Pliyev. Appelée ‘syndrome de Beslan’ par les médias russes, deux psychologues nient que cette attitude de sympathie envers Kulayev s’apparenterait au syndrome de Stockholm, puisque les mères n’ont pas subi la prise d’otage. Par ce geste, les mères semblent surtout montrer leur volonté d’en savoir davantage et de voir jugés ceux qu’elles estiment également responsables, à savoir les services de sécurité et les autorités.
Le président ossète, Alexander Dzassokhov, a fait les frais de cette volonté. Il a fini par ployer sous la pression des habitants de Beslan, qui demandait la démission de l’entièreté du gouvernement. Ce 31 mai, il a présenté sa démission, et a été remplacé le 7 juin par Teimuraz Mansurov, président du parlement ossète, choisi par Vladimir Poutine. Originaire de Beslan, il a deux enfants blessés par la prise d’otage. Mais, considéré comme le bras droit de Dzassokhov, il n’est pas populaire en Ossétie. Des mères de Beslan se sont déjà insurgées contre sa nomination.
AFP, Procès Beslan: le commando voulait relâcher des enfants contre des négociations (accusé), 31 mai ; Civil Georgia, New North Ossetian Leader for “Uniting” with South Ossetia, 11 juin Mosnews, Beslan Hostage-Taker Blames Russian Forces for School Bloodbath ; Moscow Times, A Search for Truth at Beslan Trial, 17 juin ; Moscow Times, Explosion Prompted Beslan Firefight, 17 juin; RFE-RL, Newsline, Part I, vol.9, n°121, 27 juin)