| Mars 2005 |
L’événement
La succession des alternatives de paix
Lors de la session d’automne de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, la perspective de l’organisation d’une table ronde avait été émise dans la résolution 1402 afin d’organiser « un échange de vues avec les partis politiques et les membres de la classe politique locale, et les autorités fédérales russes, tout en étant consciente que les personnes qui refusent de reconnaître l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie et qui acceptent le terrorisme comme un moyen d’atteindre leurs buts ne sauraient participer à cet échange de vues. » Emise par le rapporteur spécial pour la Tchétchénie, Andreas Gross, l’idée va trouver sa concrétisation le 21 mars prochain. Lors de sa visite à Moscou, le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, avait répété que l’organisation ne jouerait pas les médiateurs dans le conflit, mais avait rappelé que « bien entendu, il y a un problème politique en Tchétchénie, et au bout du compte ce problème sera réglé par des pourparlers, des négociations.
Dans une interview, Oumar Khanbiev, Ministre de la Santé du gouvernement Maskhadov, a exprimé son avis, négatif, à l’encontre de cette initiative considérée comme ‘imprudente’, un avis qu’il a également transmis par écrit au président de l’Assemblée parlementaire : « Selon nous, cela a été conçu en vue d’imiter les ‘préoccupations’ de l’APCE, sans se troubler des perspectives [de cette initiative] ». « Nous avons déjà eu de nombreuses expériences de ‘réunions de table ronde’ qui n’ont pas servi à établir la paix, mais à donner l’illusion de discussion destinées à donner du temps à la Russie pour sa guerre génocidaire en Tchétchénie » . Pour Khanbiev, ce n’est qu’une tentative de ‘tchétchéniser’ le conflit. Les noms des cinquante participants de cette table ronde ne sont pas encore dévoilés, mais pour Oumar Khanbiev, trouver des candidats prêts à représenter les indépendantistes ne sera peut-être pas si compliqué, au vu des candidats parmi les parlementaires tchétchènes prêts à défendre leurs points de vue. Dans une déclaration, le Parlement tchétchène a cependant soutenu le point de vue de Khanbiev.
Cette proposition n’est qu’une parmi une liste d’initiatives de tous bords qui prennent d’assaut le conflit en ce début 2005. Un autre projet fut celui de l’ambassadeur anglais en Russie, Anthony Brenton, de tirer les leçons de la résolution de conflit en Irlande du Nord. La région sert souvent d’illustration pour les pays et régions en conflit. L’idée fut néanmoins rejetée par Taus Djabrailov, président du Conseil de sécurité tchétchène, estimant qu’il n’y a pas de similarités entre les deux conflits. La proposition de médiation de l’Union des Comités de Mères de Soldats, publiée en octobre 2004, fut la première à être mise en oeuvre. Postposée à la suite du refus des autorités belges d’héberger un tel événement sur leur territoire en novembre 2004 – ce qui fut grandement remercié par le Conseil d’Etat tchétchène en ce 28 février – la rencontre entre l’Union des Comités des Mères de Soldats et les représentants d’Aslan Maskhadov eut finalement lieu à Londres, à l’hôtel Waldorf Hilton ces 24-25 février 2005. Les Mères de Soldats étaient représentées par leur présidente, Valentina Melnikova, ainsi que par Ida Kuklina, Natalya Zhukova et Mariya Fedulova . Du côté tchétchène, Akhmed Zakayev, Ministre tchétchène de la culture du gouvernement Maskhadov, Aminat Sayeva, Ministre adjointe aux affaires étrangères et Yaragi Abdullayev, ancien Ministre adjoint aux affaires étrangères étaient présents. Des personnalités russes, européennes et issus de la société civile étaient également à Londres : deux membres de l’ambassade russe, Sarah Ladford, Vitautas Landsbergis, Bart Staes pour le Parlement européen, Andreas Gross et Lord Judd, pour le Conseil de l’Europe, et Anne-Marie Gielens, de Pax Christi Vlaanderen.
Pour Anna Politkovskaya, la rencontre fut pour le moins étrange : mus par un sentiment d’urgence pour un règlement du conflit, les représentants tchétchènes furent déboutés par des Mères beaucoup plus calmes qui refusèrent leurs diverses propositions, mais qui, pourtant, étaient venues les mains vides de toute proposition. Au contraire, elles furent plus proches d’une position gouvernementale que non gouvernementale. “Mon opinion est que c’était une réunion de travail normale”, a déclaré Melnikova à la fin de la rencontre. Le texte préliminaire de l’accord fut fini le 24 février, et la rencontre du 25 février se termina sur deux heures de discussion et une conférence de presse. Le texte, nommé ‘Sur la route pour la paix en Tchétchénie’ met en avant deux principes : la fin de la guerre, liée à une démilitarisation des parties grâce à l’aide de forces de maintien de la paix ainsi qu’un accord politique entre les autorités russes et le gouvernement Maskhadov. Pour y arriver, les parties mettraient en place un cessez-le-feu sans conditions préalables, suivi de la démilitarisation et de la création d’un gouvernement de coalition temporaire sous contrôle international. Des élections clotûreraient le processus.
Le poids de cette rencontre a été dénigré par le secrétaire du Conseil de Sécurité tchétchène, Rudnik Dudayev, et par son président, Taus Djabrailov, qui estiment que ni Zakayev ni Maskhadov n’ont de pouvoir sur les combattants. Mais étonnamment, les autorités russes ont été conciliantes avec la tentative de l’UCMS et ont déclaré comprendre la volonté des Mères de faire tout afin de faire cessez la terreur. Rouslan Khasboulatov, ancien président du Soviet Suprême, a également été ouvert à cette perspective de rencontre, alors qu’il avait rejeté l’idée de négociation avec Maskhadov en 2004 : « dans tous les cas, cela ne fait aucun mal de les écouter. Qu’y a-t-il de si terrible à propos de cela ? Seuls les faibles ont peur des contacts. Si les Tchétchènes et les autorités fédérales ont une position forte, il n’y a rien à craindre ». Mais il continue à penser qu’il faut “impliquer des personnes les plus matures, respectables et honnêtes de la république tchétchène” et non pas des groupes marginaux. Il faudra donc attendre afin de voir ce que décideront les Mères de Soldats, qui étaient si tatillonnes. Nonobstant, à peine revenues de la rencontre de Londres, les représentantes de l’Union des Comités des Mères de Soldats se voyaient soumises à la demande de présenter leurs comptes au fisc.
Sources :
Daymohk news agency, 1er février; Kavkaz Center, Hanbiyev: “There is no alternative to the Chechen peace initiative”, 10 février; RIA Novosti, Le Conseil de l'Europe ne cherche pas à jouer les médiateurs dans le conflit tchétchène, 10 février ; RFE-RL, Newsline, vol. 9, n°34, part I, 22 février; Reuters, Chechen rebels offer Russian mothers “peace plan” , 24 février; Echo Moscow, Russia does not aim to stop war in Chechnya – politician , 24 février ; Marsho, Talks in London about the search for ways to end the Russian-Chechen war, 25 février; Interfax, Soldiers’ Mothers, Zakayev adopt Chechnya settlement document, 25 février; Interfax, Soldiers’ mothers won’t discuss Zakayev meeting with govt, 28 février; Reuters, Two-thirds of Russians don’t trust police – survey, 1 mars; Novaya Gazeta, Mothers of soldiers went away to give a thought , 28 février-2 mars ; Chechenpress, Statement of CHRI parliament in regards to “the round table”, 4 mars