| Mars 2004 |
International
France
En octroyant la médaille de la Légion d'honneur au chef d'état-major des forces armées russes, Anatoli Kvachnine, "pour son apport significatif au renforcement de la coopération militaire et technico-militaire franco-russe et pour le soutien à la réalisation d'opérations communes dans les Balkans et en Asie centrale", les autorités françaises ont ébahi les organisations de droits de l'homme. Celles-ci se sont déclarées 'consternées' par un tel honneur donné à celui qui a commandé le district militaire de la Tchétchénie durant la première guerre russo-tchétchène (94-96) : "Kvachnine est celui qui a mis au point les méthodes russes employées en Tchétchénie qui ont mené à tant de violations des droits de l'homme et du droit humanitaire et font tant de victimes innocentes", a déclaré Sacha Petrov, de Human Rights Watch. L'Union européenne n'est décidément pas la seule instance à avoir des problèmes de position commune. (Le Monde, Villepin parle de guerre ouverte d'un côté et décore de l'autre ses instigateurs et executeurs, 11 février)
Brève
Les Pays-Bas ont décidé de renvoyer 26 demandeurs d'asile, dont plusieurs Tchétchènes, dans leur pays d'origine. Malgré le ton rassurant des autorités russes, Human Rights Watch craint de possibles représailles à leur encontre. (Interfax, Russia says returning Chechens will be treated fairly, 19 février)
Etats-Unis
Comme chaque année, le Bureau de la démocratie, des droits de l'homme et du travail américain a publié ses rapports par pays, reprenant l'état des droits de l'homme dans chacun des pays du monde, à l'exception de l'Amérique du Nord. Tout au long d'un rapport circonstancié, la Russie se voit accréditée d'un pauvre niveau, surtout en Tchétchénie, "où les forces de sécurité ont montré peu de respect pour les droits de l'homme fondamentaux" : les rédacteurs soulèvent tour à tour les rapports crédibles d'utilisation de la torture sur des détenus, la présence de disparitions politiques et les pillages des maisons. La discrimination à l'égard des Caucasiens en Russie est également épinglée, soulignant l'application disproportionnée des nouvelles lois sur le crimes à certaines nationalités ainsi que la présence trop souvent tolérée de skinheads. Plus largement, le dossier couvre le manque d'indépendance de la justice russe, les conditions de détention dans les divers types de prisons, les rapports des autorités avec les ONGs mais également la situation de la liberté d'expression : auto-censure exercée par les journalistes russes, volonté des autorités russes d'enlever l'indépendance du centre de sondage VTsIOM, ou encore annulation du festival de films 'Chechnya', qui devait se tenir à Moscou. (Country Reports on Human Rights Practices, 25 février) Cette situation donnera du fil à retordre au nouveau Commissaire aux droits de l'homme proposé par Poutine, Vladimir Loukine. Remplaçant d'Oleg Mironov, premier commissaire dont le successeur tardait à venir, Loukine est un des fondateurs du parti libéral Yabloko, qui soutient sa candidature. Parmi ces premières déclarations, Loukine a déjà soulevé l'intérêt d'un ombudsman pour la Tchétchénie, alors que le mandat du représentant spécial aux droits de l'homme a été cessé par Poutine au mois de janvier. (RIA Novosti, President Putin proposes new human rights commissioner, 11 février; RIA Novosti, Un ombudsman pour la Tchétchénie ?, 27 février)
Union européenne
Lors de leur rencontre, le président Poutine, le ministre des affaires étrangères russe Igor Ivanov et son homologue italien, Franco Frattini, ont discuté de la possibilité de l'ouverture d'un bureau de l'Union européenne en Tchétchénie ou en Ingouchie. (Agence Europe, UE/Russie: la Russie serait prête à accepter une représentation européenne en Tchétchénie - La Commission en passe d'achever son rapport d'évaluation sur les relations UE/Russie Bruxelles, 05 février) Pourtant l'atmosphère n'est pas des plus détendue entre la Russie et l'Union européenne, qui va ouvrir ses frontières à 8 anciens satellites de l'Union soviétique. Afin de redéfinir sa politique à l'encontre de la Fédération, la Commission devait rédiger un document de travail, qui a été discuté lors de la réunion des ministres européens des affaires étrangères le 23 février. Rappellant le "rôle prédominant" de la Russie dans le domaine énergétique et l'interdépendance des deux entités, les rédacteurs du document constatent "toutefois une tension croissante dans les relations entre l'UE et la Russie, en raison des divergences de position sur un certain nombre de questions". Parmi celles-ci, le protocole de Kyoto, l'affaire Khodorkovsky ou le conflit en Tchétchénie: "la situation en Tchétchénie et les signes d'une application sélective de la loi suscitent des interrogations quant à l'engagement et à la capacité de la Russie à défendre les valeurs fondamentales européennes et universelles et à poursuivre ses réformes en matière de démocratie".
En parlant des sujets directement, unanimement et sans ambiguïté, l'Union européenne "devrait profiter pleinement de l'influence qu'elle exerce sur la Russie pour promouvoir et défendre ses intérêts et garantir une relation équilibrée". Elle devrait ainsi réagir de manière "vigoureuse et cohérente" lorsque les droits de l'homme sont violés. Dans leurs lignes directrices, les rédacteurs proposent donc "de dénoncer sans ambages les pratiques russes contraires aux valeurs européennes et universelles, qu'il s'agisse de la démocratie, [ou] des droits humains en Tchétchénie". (Union européenne, COM(04) 106 09/02/04 Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen concernant les relations avec la Russie) Jacques Chirac a réagi vigoureusement aux déclarations en estimant que la Russie avait droit à "un peu plus de respect". Le prochain sommet se tiendra en mai. (Le Monde, Jacques Chirac prend la défense de la Russie contre l'UE, 25 février)
De son côté, le Parlement européen a également adopté un rapport sur les relations entre l'Union et la Russie. Pour la première fois, les parlementaires européens y ont reconnu que la déportation de 1944 constitue un crime de génocide et demandent au Conseil l'examen du plan de paix Akhmadov par la Commission et le Haut Représentant de la PESC, afin de proposer une alternative au conflit "prenant compte des aspects importants du conflit tels que ses profondes racines historiques, le manque d'intérêt pour sa résolution par les parties qui peuvent mener des activités informelles économiques et criminelles lucratives, les caractéristiques sociologiques du peuple tchétchène, le besoin d'efforts massifs de reconstruction et la possibilité pour l'UE d'y contribuer si les exigences en ce qui concerne l'aide peuvent être rencontrées, l'aspect terroriste et, bien sûr, les inquiétudes sécuritaires légitimes russes". (Prague Watchdog, European Parliament: "Firm and consistent policy needed towards Russia", 26 février)
OSCE
Lors d'une discussion avec son homologue bulgare Salomon Passy, le ministre des affaires étrangères russe Igor Ivanov a déclaré que les autorités russes étaient ouvertes à toute collaboration dans le cadre de la résolution du conflit tchétchène et de la reconstruction du territoire avec les organismes régionaux ou internationaux tels que l'OSCE ou le Conseil de l'Europe. Après avoir refusé l'intrusion du Groupe d'assistance de l'OSCE dans la résolution politique du conflit et le prolongement du mandat de celui-ci, dont la présence en Tchétchénie avait pris fin le 31 décembre 2002, les autorités semblent aujourd'hui plus encline à une aide internationale, dont il faudra cependant encore voir les modalités. Les Etats-Unis fournissent depuis quelques temps une pression constante au niveau de cette organisation pour la résolution de la guerre. (AFP, Russia ready to cooperate with international bodies over Chechnya, 17 février)