| Octobre 2003 |
Evènement
Les élections présidentielles
Au début du mois d'octobre se dérouleront les élections présidentielles en Tchétchénie. Pour certains observateurs russes et étrangers, cet évènement a déjà perdu sa raison d'être, la pluralité des candidats n'étant plus qu'un leurre.
La date a été fixée deux mois à l'avance par le président russe : les élections en Tchétchénie se dérouleront le 5 octobre prochain. Celles-ci se tiendront sur le même canevas que le référendum du mois de mars : approximativement 410 stations de vote seront ouvertes afin de permettre aux 540.000 électeurs de voter. [Itar-Tass, 8 juillet] Ce chiffre seul est déjà critiqué car il se base sur un recensement perçu par les observateurs étrangers comme largement gonflé. [Le Monde, Intenses combats en Tchétchénie où la course présidentielle est lancée, 21 août]
Les candidatures au poste suprême de la République pouvaient être déposées jusqu'au mercredi 20 août, accompagnée d'un nombre de signatures équivalent à 2% des électeurs ou la somme de 4,5 millions de roubles. A la clôture, 13 candidats russes et tchétchènes s'étaient présentés. Mais parmi ceux-ci, seulement 4 pouvaient rivaliser avec Akhmad Kadyrov, président autoproclamé en juin 2003 et chef de l'administration pro-russe depuis juillet 2000 : Aslambek Aslakhanov, Ruslan Khasboulatov, Malik Saidullaiev et Khussein Djabrailov. Député à la Douma d'origine tchétchène, Aslambek Aslakhanov est populaire en Tchétchénie. Les sondages l'accréditaient d'ailleurs de 20% des voix. Le 11 septembre, Poutine lui a proposé de devenir conseiller présidentiel, ce que Aslakhanov n'a pu refuser : «Je suis le premier Tchétchène à qui l'on propose une telle fonction. Je suis persuadé que je pourrais faire plus en tant que conseiller du chef de l'Etat qu'en tant que député», déclarait-il à Kommersant. [Courrier international, Le Kremlin fait le ménage, 12 septembre].
Un peu plus tôt le même mois, Rouslan Khasboulatov, un Tchétchène ayant également eu des fonctions au niveau fédéral (il fut président du Soviet Suprême), avait balayé l'idée de se présenter qu'il avait émise en juillet : «Ce ne sont pas des élections. Dans ces conditions militaires, ce ne sont pas des élections. D'abord il faut créer les conditions. [.] Stabilité, puis les élections». [Washington Post, Chechen campaign poses test for Putin, 25 août] Le troisième candidat était un homme d'affaire tchétchène, Malik Saidullaiev. Vu comme populaire et flexible, le Kremlin semblait même lui faire les yeux doux. Sa candidature a été rejetée par la Cour suprême tchétchène après le dépôt d'une plainte de fraude par un autre candidat, Nikolai Paouzoulaev. Le dernier concurrent, Khussein Djabrailov, fut également entraîné dans la ronde des retraits et des rejets : homme d'affaire vivant à Moscou, il a déposé les armes au début du mois de septembre, sans qu'on en sache les raisons. Tout laisse cependant supposer qu'il a subi des pressions.
Akhmad Kadyrov reste ainsi seul dans la course. Le 5 septembre, il déclarait, en parlant de lui-même : «Je ne vois aucun autre candidat à part Kadyrov». Un anonyme du camp pro-russe l'affirmait, tout dépendra du nombre d'hommes armés dont disposent les candidats. Doté de milices privées dirigées par son fils, Ramzat, et du soutien de l'armée russe, Akhmad Kadyrov est particulièrement bien placé dans cette lutte. Ces milices sont soupçonnées d'agir en violations de tous les droits : on leur attribue des actes de tortures, des disparitions, et autres faits commis habituellement par les soldats russes. Selon l'officiel pro-russe resté anonyme, des bulletins de vote en faveur de Kadyrov sont déjà prêts. [Le Monde, N. Nougayrède, La Tchétchénie, accablée, est sans illusion avant l'élection, 23 août]
Malgré les défections, l'homme de Moscou a décidé de mettre toutes les chances de son côté : il a placé ses hommes à tous les niveaux, faisant des futures élections un jeu d' «intrigues administratives». [Courrier international, Tchétchénie : marchandages avant la présidentielle, 26 juin] Il s'est également emparé des médias tchétchènes, contrôlant ainsi la chaîne télévisée, les radios et les huits journaux de la République. [Le Monde, Coup de force du candidat pro- russe pour l'ouverture de la campagne électorale en Tchétchénie, 5 septembre] Car il n'est pas le candidat le plus apprécié de la population : dans les sondages, seules 15% des voix lui sont attribuées, 60% des électeurs déclarant refuser de voter pour lui. Mais les désistements, pressions et autres contôles de l'information sont tels que le magazine financier Vedomosti est probablement plus lucide, lui qui titrait «les élections ont eu lieu». Courrier international, Le Kremlin fait le ménage, 12 septembre]