Le Groupe Tchétchénie
Juillet 2003
Le Courrier Tchétchène

Sommaire

Situation sur le terrain

La paix n'a pas encore décidé de se montrer dans la République tchétchène. Au contraire, les nouvelles du terrain nous font part d'une recrudescence des attentats devenus quasiment bi-hebdomadaires depuis le référendum. Ce 5 juin, une femme a fait exploser la charge qu'elle transportait près d'un bus transportant 27 personnes, dont des militaires russes de l'aviation. Le bus provenait de la base militaire de Mozdok (quartier général des opérations en Tchétchénie) et se dirigeait vers la Tchétchénie. 21 personnes sont décédées dans l'explosion, parmi lesquels des civils et des militaires. L'attentat n'a pas été renvendiqué (Reuters, 5 juin ; Le Monde, 10 juin), mais pour le porte-parole du FSB, Sergueï Ignatchenko, il ne fait aucun doute que le président indépendantiste "était au courrant". (La Libre Belgique, 6 juin)

Cet attentat rappelle ceux du 12 et 14 mai, qui avaient fait plus de 70 victimes. Au total, c'est la neuvième attaque suicide depuis l'année 2000. (Reuters, 5 juin) Et ce n'est malheureusement pas le dernier : un autre attentat au camion piégé s'est déroulé le 20 juin. Plusieurs personnes furent blessées, mais il n'y eu pas d'autres victimes que les deux kamikazes. Cet attentat constitua peut-être la réaction aux bombardements aériens russes de 500 combattants dans le Sud de la Tchétchénie qui menacaient de s'emparer de certaines localités, dont Vedeno et Argoun. Ces bombardements furent les plus massifs déclarées par les autorités depuis longtemps. (Le Monde, 20 juin)

Pour de nombreux observateurs, parmi lesquels la journaliste Anna Politkovskaïa, ce nouveau phénomène des attaques suicides fait craindre le pire. Au côté de la radicalisation de la jeunesse qui apparaît depuis le début de ce conflit, la peur d'une « palestinisation » fait son chemin. (L'Express, 12 juin) Cependant, selon le magazine Vremya, ce nouveau phénomène ne peut être comparé à la situation palestinienne. « A l'opposé de leur compatriotes palestiniens, les kamikazes tchétchènes n'ont pas de slogan commun ». Selon le magazine, les Tchétchènes sont profondément divisés face au front russe, et les attaques risquent bien de toucher d'abord les Tchétchènes eux-mêmes plutôt que les forces russes. "La Tchétchénie n'a jamais connu une discorde si fondamentale », une discorde qui semble « permanente ». Les attaques vont donc disparaître d'elles-même, mais pas le conflit qui reste « sans espoir ». (Vremya MN, 10 juin)

Dans la multiplication de ces attentats, c'est surtout la participation des femmes qui étonne. Déjà lors de la prise d'otage du théâtre de la Doubrovka, 6 femmes étaient présentes. La situation pose d'autant plus de questions que les femmes de la Doubrovka ne semblaient pas être au courrant du sort qui se jouait lorsqu'elles se sont rendues à Moscou, comme l'a fait remarquer le journal Moskovskie Novosti. Certaines d'entre elles étaient d'ailleurs enceintes. (Courrier international, n°655, 22 mai) Pour le porte-parole du Kremlin, Serguei Yastrzembski, "le recours à des femmes kamikazes prouve la faiblesse de l'opposition armée. Ils n'ont apparemment plus de moyens pour utiliser la tactique de la guérilla, pour frapper avec des hommes".

Cette explication n'est pas partagée par tous, comme l'explique le Comité pour la paix en Tchétchénie, composé entre autres de Serguei Kovalev et d'Elena Bonner : "Les ratissages cruels, comme les escadrons de la mort, ont engendré ces trois dernières années une armée de plusieurs dizaines de milliers de personnes animées par l'esprit de vengeance". (Le Monde, 10 juin) Ces derniers attentats n'ont pas été renvendiqué, mais il se pourrait qu'ils soient également attribuable à Chamil Bassaiev. Il avait déjà renvendiqué les attentats du mois de mai, au travers de son organisation 'le Jardin des justes'.

Selon Christopher Swift, membre du Comité américain Peace in Chechnya, Chamil Bassaiev et ses suivants ne représentent que 5 à 10% des combattants tchétchènes. « Je pense que ce qui se passe en Tchétchénie est qu'un petit groupe mais de plus en plus radical, majoritairement sous Bassaiev, est capable de dominer l'agenda politique international au travers de l'appropriation d'une d'une réthorique de l'islam radical et de l'utilisation des attaques suicides. » Les autres sont des combattants séculiers, qui combattent auprès du président Maskhadov ou indépendamment, souvent par vengeance. La répression vis-à-vis de ces attentats semble également se cibler sur les femmes. Elles sont de plus en plus l'objet d'enlèvement de la part des forces russes. Alors que le nombre de 'nettoyages' diminue cette année, le nombre de kiddnapings augmente et touche plus particulièrement la part féminine de la population. Comme le déclare Lipkhan Bazaïeva, membre de l'organisation Memorial, "il me semble qu'il y a une campagne contre les femmes tchétchènes qui est liée aux attentats suicides commis par des kamikazes femmes ".

Suivant


FR | EN

ACTUALITES

2004© Groupe Tchétchénie Belgique asbl   Chercher Imprimer Fermer • Site optimisé pour IE 6.0